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Nuit sauvage et ardente

25/02/2024 | Livres, Poésie | 2 commentaires

Nuit sauvage et ardente
Parme Ceriset
Editions du CYGNE (2024)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

Un lyrisme devenant épopée tragique et merveilleuse

Nuit sauvage et ardente Parme Ceriset, poétesse lumineuse, femme combative, libre, amoureuse de la Vie, offre à ses lecteurs un nouveau recueil poétique, Nuit sauvage et ardente. Cette narration lyrique faisant alterner vers courts et vers longs donnés à la troisième personne du singulier, – «Elle», une femme passionnée, sensuelle, s’unissant à «Il» dans les pronoms personnels de la première et troisième personne du pluriel -, devient vite une épopée tragique («Terreur d’une Nuit en plein jour, / pluie de cendres, apocalypse») et merveilleuse. Comme dans sa miniature de vingt-cinq poèmes intitulée Danse ardente, le ton y est désormais grave, douloureux et sombre. L’adjectif «ardente» unit les deux fascicules par sa présence symbolique et ambivalente, «ardent» désignant le feu brûlant de la passion, l’exaltation de la Vie, mais aussi la destruction. Le dualisme de cet adjectif concrétise la pensée de la poétesse constamment emportée par les vibrations de l’existence, matérialisée dans ses poèmes par d’abondantes antithèses : la vie/la mort, le plaisir/la douleur, le jour/la nuit, la lumière/l’ombre, le présent/le passéEt elle danse encore / dans les rues où fourmillaient jadis / le sens de la fête, la joie scintillante en pépites, / la liberté des êtres…») s’ouvrant sur un futur rempli d’espoir : «Ils rêvent qu’un jour se lèvera à l’horizon, / un jour frais comme une rivière, / un jour doux comme une cerise blanche, / un jour où tout se remettra à danser / sous un ciel pervenche, / un jour où ils pourront oublier / leurs plaies, leurs cicatrices, / un jour où ils souriront / en revenant de l’apocalypse». De la nuit sauvage germe la Vie étincelante et douce.

De la nuit naît la lumière

Nuit sauvage et ardente, comme Danse ardente, tisse ces doubles thématiques. L’ouvrage s’ouvre d’emblée sur des textes au sombre lexique réaliste qui dit la mort, la violence, la guerre, la souffrance : «le pas des morts», «la peau gelée», «des tombes», «vent glacé», «des oiseaux de proie/ les lambeaux au bec / qui saignent encore», «on entend la mort qui craque / sous les dents», «la chair saigne», «l’odeur des charniers et la rumeur des bombes», «La pluie sanguine a déchiré leur peau. / L’orage en proie aux pires foudres / a lâché ses grêlons de métal ») Mais très vite derrière ce monde sombre triomphent la lumière déclinée sous toutes ses formes, allant de la douce «lueur» à « la lumière drapée de la lune» au disque divin du soleil («Elle surgit, sereine, / des bras de la forêt, / éphémère, immortelle/de soleil nimbée»), la Vie, («sa soif de vivre au goût d’océan», sa «foi en la vie»), l’Amour qui triomphe de toutes les attaques comme la haine et le non-sens des guerres.

Des images récurrentes

Des images récurrentes, obsessionnelles, sources de sa création imprégnée des mêmes mots, hantent la poétesse hypersensible et dynamisent son écriture. Parme Ceriset joue avec la répétition lexicale, sémantique, thématique, avec l’anaphore, le parallélisme («comme si c’était la première fois / comme si c’était la dernière fois…», l’oxymore («Il est sa sombre lumière», «lueurs cruelles et sombres», «une étoile noire»…), les allitérations, les retours phoniques créateurs de palpitations rythmiques, matérialisation des tourbillons de la danse des amants. Ces jeux révèlent non seulement la Poétesse, mais aussi l’Humaniste. Ses poèmes, espèces de palimpsestes, de mises en abyme les uns des autres et de tous ses ouvrages, sont des miroirs renvoyant leurs images à l’infini, ouvrant sur une expérience personnelle, universelle et éternelle.

De l’individuel à l’universel

La narratrice libre , «sauvage et indomptable», accède à l’universel en entrant en osmose avec la nature souvent personnifiée. Femme plurielle, elle devient «louve», «panthère», «bête sauvage libérée de tout carcan». La nature, le cosmos, complices et fraternels, l’enveloppent de leur immensité («La nuit inquiète a déposé / sur ses épaules un châle d’étoiles»). Son compagnon et elle deviennent alors eux-mêmes l’immensité, « Ils sont constellations…», la ponctuation amplifiant l’infiniment grand. Elle EST tous ceux qui ont souffert et qui souffrent encore, tous ceux qui sont morts  : «Le cri de ces morts qui flambe dans ses veines et dans ses entrailles». Le réel hyperbolisé est dépassé. Il permet l’accès à l’essence du monde, à l’Amour total qui concilie les inconciliables : «Ils s’embrassent, s’embrasent, / Ils sont l’eau, le feu et la glace en fusion». L’Amour et la passion illuminent les vies, permettant la traversée des ténèbres et l’accès à un Ailleurs de Beauté et d’Art dans une extra-temporalité fabuleuse : «Elle rêve / l’instant Poème hors de tout, hors du temps, / l’Humain réunifié, les guerres effacées, / l’Art ressuscité».

Des rêves devenant réalité sur la page blanche

Dans une quête de la plénitude de la vie, de l’intensité gourmande des sensations, de l’ascension vers l’infini, les poèmes réalisent l’expérience des confins : une espèce d’expérience mystique, le corps étant le lieu où elle se déroule avec ses excès de souffrance («Son corps de louve lardé d’entailles»), de plaisir et de bonheur : «Elle rêve de jours tissés / d’un amour fluide comme l’eau de roche / flamboyant comme la vie, / implacable comme la mort, / un amour qui brûle le palais comme du piment rouge». Les poèmes de Parme Ceriset sont des hurlements véhiculant la douleur et la mort de l’humanité depuis le début des temps, «Elle hurle au nom brûlant / de ceux qui sont tombés / au front, dans les tranchées / de poussière et de néant». En même temps, ce sont des cris de joie et de plaisir. Ce sont des rêves d’une sensualité paroxystique, cristallisation de la Beauté, devenant réalité sur la page blanche.

D’autres ouvrages de Parme Ceriset  :

Le Serment de l’espoir
Le Souffle de l’âme sauvage
Femme d’eau et d’étoiles
Danse ardente
Boire la lumière à la source

2 Commentaires

  1. Parme Ceriset

    Merci encore très chaleureusement pour cette recension remarquable, si riche, si détaillée, si pertinente. Merci pour la finesse et l’intelligence de vos analyses et pour tout ce temps que vous consacrez à la littéraire.

    Parme Ceriset

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  2. Annie Forest-Abou Mansour

    Merci à vous Parme pour la beauté de vos textes.

    Réponse

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