DES BONHEURS AUTREMENT, de Martial Victorain, vient de paraître !
Venez nombreux le samedi 12 septembre 2026, à partir de 17 heures, à la salle des fêtes de Romanèche (01250), où l’ouvrage vous sera présenté.
La présentation sera suivie d’une séance de dédicaces.
Martial Victorain
Editions Maïa, 31 juillet 2026
( Préfacé par Annie Forest-Abou Mansour)
Dans son septième roman Des bonheurs autrement, Martial Victorain (1) emmène le lecteur dans la commune de Hautecourt-Romanèche, qui affleure derrière Vétille, anagramme de Villette, région de l’Ain dont il est originaire. Puisant dans la réalité de ce territoire familier, le romancier en nourrit sa matière romanesque. Les coteaux, la vallée, la rivière ne sont pas de simples décors : ils portent l’empreinte d’un vécu intime et nourrissent son imaginaire.
D’emblée, l’incipit pose le cadre : Vétille suffoque sous une chaleur accablante. « En ce milieu de matinée Vétille était un village incandescent, un essaim de maisons sur les toits desquelles le soleil s’écrasait comme un fruit trop mûr ». De cette atmosphère écrasante émerge peu à peu une oeuvre chorale émouvante dans laquelle l’écrivain fait entendre la singularité de chaque voix, de chaque personnalité, de chaque ressenti. Les points de vue se tissent et se croisent, plongeant le lecteur dans la trame familiale et sociale d’une société rurale parcourue de multiples vibrations émotionnelles. La canicule sévit depuis de longues semaines. Louis vient de mourir, Louise, son épouse, mutique depuis un accident vasculaire cérébral, semble déjà sur le point de le rejoindre. Leurs enfants ingrats, égoïstes et cupides préparent l’entrée de cette dernière en maison de retraite afin de vendre au plus vite la propriété familiale. Le maire, Gilbert Moïssen, personnage cynique et affairiste, animé d’une ambition effrénée, – « Il s’imaginait déjà le buste qui un jour le mettrait à l’honneur sur la place du village. Il voyait son nom partout » – et la municipalité rêvent d’y aménager un parc d’attraction destiné à attirer les touristes, sans se soucier de la nature sacrifiée, éventrée, « des arbres ébranchés, arrachés, broyés« . Mais dans la propriété de Louise, la vie s’apprête à reprendre ses droits.
Afin de s’occuper de cette femme âgée, en attendant son départ prochain pour la maison de retraite, survient Automne, vingt ans à peine. L’une au bout de sa vie, l’autre au seuil de la sienne. Et tout bascule. La joie, la musique, la vie reviennent habiter la maison. Les forces de la vie triomphent sur les forces de la mort.
Chaque personnage, fortement typé, est brossé à traits précis : caractéristiques physiques, qualités, défauts, manies récurrentes, autant de motifs revenant régulièrement comme des notes de musique composant la partition vivante de cette fresque humaine et donnant à chacun un relief singulier . Ainsi se dessinent certains leitmotivs. Comme par réflexe, Angelina, l’amie italienne de Louise, accomplit des gestes refuges : elle aspire par les narines une prise de tabac et serre son petit crucifix suspendu à son cou ; l’étonnante et flamboyante chevelure rouge d’Automne capte tous les regards ; l’énigmatique odeur de tabac Caporal et le mensonge de Louise entretiennent un mystérieux suspense. Tous ces échos, des jeux de rimes intérieures (« nous devenons incandescents, phosphorescents, resplendissants, conquérants et triomphants ») instaurent un tempo envoûtant qui tient en haleine le lecteur. L’architecture rigoureuse du roman fait alterner réalité et hallucinations, présent, – paraissant se dérouler en temps réel -, et souvenirs, dialogues, ainsi qu’une narration proche du flux de conscience et du monologue intérieur, faisant entendre les pensées et les propos des personnages tels qu’ils les formulent avec leurs propres mots, empreints de l’accent du terroir, expression de leur vision du monde. Essentiellement derrière André Vidor, le patron du café du village, à « la tignasse floconneuse », défenseur de la nature au franc-parler et nostalgique des années quatre-vingts , se devine l’écrivain lui-même, amoureux d’une campagne encore préservée, authentique et belle à l’opposé de la ville bruyante, anonyme, artificielle et pervertie. L’ouvrage de Martial Victorain à l’écriture ciselée et aux métaphores concrètes d’une esthétique à la fois picturale – « Les falaises sont des vagues qui s’écrasent sur la palette d’un peintre« – , poétique -« Louise se penchait au balcon de sa mémoire« – , humoristique – » se faisant plus sérieux qu’un pape place Saint-Pierre un dimanche de Pâques » et d’une grande puissance corporelle – « Louise sentait le poids d’un bulldozer lui écraser la poitrine » – , est un hymne à une nature aujourd’hui fragilisée par le changement climatique et l’aveuglement des hommes , trop souvent tentés par le profit immédiat sans souci de l’avenir ; un hymne aussi aux ruraux, à la vie campagnarde – et au Revermont – célébrant ces petits bonheurs simples qui font la saveur de l’existence : écouter le silence, regarder l’immensité du ciel, sentir la fragrance des herbes, savourer des « amarenne alla grappa ».
Des bonheurs autrement de Martial Victorain : un roman sensible et profondément humain, animé d’un lyrisme feutré, où résonne la musique discrète des bonheurs simples.
(1) deux fois lauréat du prix Claude Favre de Vaugelas, en 2016 et 2018.
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