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Voulez-vous danser ?

19/04/2021 | Livres | 1 commentaire

Voulez-vous danser ?
Annette Lellouche
A5éditions (2021)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

 

Voulez-vous danser ?Un titre séduisant

 Voulez-vous danser ?  : Un point d’interrogation dans un titre !  Ce n’est pas commun. Un clin d’oeil de la narratrice invitant le lecteur à danser, à être emporté dans  son univers tout à la fois fictif et réel,  dans le tourbillon émouvant  et parfois tragique de la vie dont « les années passent vite et (dont)  chaque jour compte ».

Trouver le  chemin du bonheur

Chaque nouvelle du recueil éponyme d’Annette Lellouche  Voulez-vous danser ? narre des moments de vie de femmes simples, toutes uniques, individualisées par leur prénom, leur personnalité,  se heurtant à des difficultés, à des peines, à des drames  comme Jeanne plongée dans la solitude et la tristesse  « depuis qu’un accident de la vie l’a laissée seule avec son désespoir ».   Mais malgré les heurts de l’existence, ces  femmes continuent de rêver, d’espérer, secondant même le destin par d’anodines astuces afin de trouver le bonheur. Jeanne, dans la nouvelle Jeanne d’Arc,  feint des difficultés avec son ordinateur pour le plaisir de parler au jeune et sympathique technicien : « Au tout début, Jeanne appelait le ‘petit’ pour un oui ou pour un non. Toutes les excuses étaient bonnes. Elle était inventive. Elle simulait de toutes petites pannes pour avoir le bonheur de l’entendre lui donner ses explications en toute simplicité ». Francine, dans « Au bal des raies »,  tente de gagner un concours… Prendre sa vie en main, en changer le cours, voyager comme Eliette et Robert, « voyageurs infatigables » dans « Embarquement immédiat »,  découvrir d’autres contrées, ne pas rester seule, rencontrer des gens, (« Elle fréquente ce bal assidûment par amour des gens, par sympathie musicale, par ressort instinctif de l’accompagnement »),  oser aller à la rencontre de l’Autre comme  Emilie invitant l’homme assis qui lui sourit lors d’une soirée dansante (« Emilie  tend sa main gantée, dans une invite sans équivoque »),  découvrir  un nouvel amour, retrouver l’amitié, entrer en résilience comme Jeanne, retrouver ses enfants,  ses petits enfants après de longues années perdues.

Aucune des femmes de l’ouvrage d’Annette Lellouche ne s’engluent  dans un quotidien morose et taciturne. Malgré les difficultés, parfois très pesantes,  inhérentes à la vie, elles conservent une vision positive,  font face aux obstacles avec lucidité  et  les surmontent : « Les montagnes à escalader sont ‘casse-gueule’ mais une fois là-haut, quel spectacle ! L’extase ! Tu n’auras plus envie de redescendre, ce choix on ne l’a qu’une fois ! ». S’impliquant dans ses nouvelles,  s’y dévoilant, (« Ostensiblement je mêlerais fiction et réalité. Par dose homéopathique j’assènerais des vérités, exprimerais des douleurs et des non-dits. Faire endosser à mes héroïnes le poids de ma rébellion (…) »), l’autrice donne des leçons de vie,  montrant que chacun a la possibilité de faire l’expérience du  bonheur, aidant ainsi le lecteur à surpasser les défis de l’existence. Tout en le divertissant, Annette Lellouche instruit amicalement le lecteur.

L’art du portrait

Entrant dans l’espace intime de ses personnages principaux et secondaires, Annette Lellouche trousse des portraits physiques tendres comme celui de la marchande, vieille femme, poupée de vitrine, miniature émouvante : « Une boucle de cheveux gris argent indisciplinée, dépasse du petit fichu serré sur tête gris blanc de la petite mamie au regard gris irisé. Un petit tablier fleuri gris souris chicotant sur son habit gris empire »,  donnant à voir la fragilité d’être pleins de densité.  Elle brosse des portraits moraux dotés de toute une profondeur psychologique. Des confidences, des flux de conscience rapportés au style indirect libre, en focalisation interne,  révèlent des êtres sensibles, d’une grande richesse intérieure. Francine, femme généreuse, reconnaissante,  veut gagner un voyage pour l’offrir à sa voisine : « Francine veut gagner ce voyage pour l’offrir à Valérie, la gentille jeune fille qui habite sur le même palier. Avec tant de gentillesse Valérie se charge des courses ! Elle va lui chercher ses médicaments lorsque ses rhumatisme se réveillent et l’obligent à garder le lit ». La narratrice donne à lire des vérités psychologiques émouvantes et tendres. Elle  dit des événements parfois banals de la vie quotidienne, mais tellement importants pour celui qui les vit.

Un rythme dansant

Malgré quelques doutes quant à sa capacité de raconter des histoires (« Vais-je être à la hauteur, vais-je savoir, vont-ils comprendre ? »), l’écrivaine emplie d’humilité est emportée par le ballet de sa verve littéraire et créatrice.  Avec une écriture soignée, Annette Lellouche joue avec les mots (« Des madones (…) redoutables dans leur ‘faim’ de vie ») et les sons, doux clins d’oeil humoristiques  :  « la mésange asservie est enchaînée, emberlificotée, domestiquée. Etouffée ! », « Suzette négocie avec le malaise sourd qui l’habite, son incurie incurable. Nulle curette au secours de Suzette. Nulle curethérapie pour sa maladie ».  Des accumulations verbales, adjectivales, des rimes rythment ses récits, embarquant le lecteur dans des  danses joyeuses, ludiques, poétiques : « Le soleil la transperce,la réchauffe, la sollicite, joue à cache-cache avec le vent qui fait onduler les arbres verts, entrant dans son univers, ami pervers, en courant d’air ! ».  Les échos phoniques concrétisent des pas de danse, donnant tout un tempo, une musicalité aux récits, aux nouvelles, parfois séparées par des poèmes versifiés.

Dans ces  nouvelles aux chutes,   véritables petits coups de théâtre narratifs précipitant le lecteur dans d’émouvantes révélations,  des liens se tissent, des femmes se croisent, sœurs de coeur de la narratrice, femme sensible,  amoureuse des mots (« partager ses émotions, faire passer sa motivation, son amour des mots »), désireuse de transmettre sa joie de vivre, de créer et  la beauté  résidant  en elle.

 

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1 Commentaire

  1. Annette Lellouche

    Merci Annie Muse pour votre chronique qui a su relever les points forts de la destinée de mes héroïnes. Merci pour votre empathie et votre accompagnement. Bien amicalement. Annette Lellouche