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Petit Prince

29/08/2021 | Livres | 1 commentaire

PETIT PRINCE
mon immortel ami
Catherine Mauger-Trouiller
BOD édition (2021)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

Petit PrinceLa déclinaison du PETIT PRINCE

Plonger dans la lecture de  Petit prince mon immortel ami, c’est entrer dans l’univers merveilleux, poétique et aérien de Catherine Mauger-Trouiller. Catherine Mauger-Trouiller tisse avec délicatesse et finesse une dentelle arachnéenne :  prose poétique, poèmes en vers libres, récit, discours, conte philosophique, suite magique  au  Petit prince,  variation, filiation, déclinaison, mise en abyme du texte de Saint-Exupéry.

L’humain et la nature

Le petit prince et sa rose retrouvés, de nouveau rencontrés dans un ouvrage atemporel où face à face, dans l’espace textuel, mots et peintures se répondent en harmonie de tons et de thèmes. L’âme de la narratrice et celle de Saint-Exupéry se donnant la réplique dans le tissu narratif, échos de leur pensée et de leur philosophie. Un même humanisme, un même amour de la Vie, de la liberté, de la nature écoutée et comprise où l’humain dialogue avec les fleurs subtilement humanisées : « Je suis une graine et mon coeur porte un secret ».  Fleurs entre fragilité et force dans leur univers magique de métamorphose :  « Les bulbes enterrés se dévoilaient : de jeunes et robustes tulipes, certaines en bouton, d’autres en robe de fête, ravies d’échanger entre amies ». La graine devenant plante esthétique, amie éternelle dans une nature toujours recommencée : « La nature ne s’encombre de rien (…) Sans souci des contingences, elle décide. Quand l’inutile les déshabille, les formes passent. D’autres les remplacent. La vie, la mort, ici, se tiennent par la main, dansent la ronde des cycles sans fin ».

 L’enfance retrouvée

 Savoir regarder, écouter et rêver. Retrouver l’enfant abrité au coeur de tout homme, cet enfant porteur de l’essentiel :« L’enfance porte en germe, intact et pur, le secret de la vie ».  Retrouver le merveilleux du quotidien et la capacité à s’étonner. Etre mu par l’Amour universel, s’engager, tisser des liens entre les Humains («Rallier les contraires / Construire des ponts entre deux rives. Tisser des liens entre nations. Donner sens à l’humaine condition »)   dans un monde blasé en détresse, sur une terre brisée par la souffrance où les hommes  englués dans le matérialisme, à l’existence vide,  errent sans but,  annihilant leur liberté pour l’illusoire et le superflu : « La terre est emmaillée dans des filets serrés, soumise à des vents de tempêtes, à des embrasements. Secouée, bouleversée est la terre. J’entends ses pleurs et la misère de ses habitants qui souffrent sous le joug des chimères. Ils ont perdu le sens de l’orientation, les hommes, à force de tourner en rond dans leur prison ». Savoir observer la beauté de la nature, de la Vie, du monde, être capable d’accéder à l’essentiel « invisible pour les yeux » (2), à l’universel. Etre  soi-même dans la joie et l’amour. Aimer, faire  triompher l’authenticité dans le merveilleux retour au pays de l’enfance.

Dans cette poétique narrative, descriptive, parfois dialoguée,  dans cette poétique lumineuse et musicale, l’auteure, poétesse et penseure,  retrouve le petit prince et le monde de l’enfance, jamais perdus, jamais oubliés,  les donnant à voir avec une écriture fraîche, tendre, parfois teintée d’humour, un phrasé léger  émanant  des pulsations du coeur et de l’âme accordées à celle du végétal et du Vivant. Les rythmes binaires, « vaste comme l’univers, vaste comme le désert », concrétisant les battements du coeur, de ce coeur d’où germe la vie  sur la première de couverture, aquarelle délicate et colorée. L’homme jardinier, amie de la terre : image de l’association heureuse de l’homme et de la nature.

La poétique de l’écriture

Catherine Mauger-Trouiller manie l’écriture comme l’orfèvre cisèle les métaux précieux. Elle joue délicatement avec les sons (« Eclaireur / Défenseur / Relieur / Médiateur / Serviteur »),  les rimes intérieures,  les anaphores (« Veille la lune. / Veille l’étoile. / Veille la nuit au chevet de la vie. / Veille l’âme de son enfance pure./ Veille l’amour »),  créateurs de rythmes incantatoires, alchimie verbale lyrique et envoûtante.  La présence de refrains (« La rose se souvient »), les rythmes binaires et ternaires, les nombreuses phrases exclamatives, les fréquents  points de suspension, temps suspendu, silences, percées dans le corps des phrases, créent tout un souffle musical. Elle jongle avec l’espace textuel avec des vers en escaliers, avec les mots, créant des verbes aux connotations esthétiques et majestueuses (« Le cosmos s’étoile au-dessus de ma tête »), avec la personnification des plantes, de la nature, usant d’images sublimes et grandioses, jeu et beauté tricotés dans l’infini cosmique : « L’arc-en-ciel, oh merveille ! / lance son toboggan de lumière depuis le ciel jusqu’à la terre ».

L’écriture poétique de Catherine Mauger-Trouiller possède des vertus incantatoires, expression du mystère sacré de la Vie. L’âme pure, sensible, bienveillante, pleine d’une authentique sagesse de l’enfant enfoui au plus profond du coeur de l’artiste lui permet de voir la beauté de la Vie et du réel, matérialisation de l’Invisible, et de l’offrir aux lecteurs.

1) De la  même auteure :



2) Phrase de Saint-Exupéry.

1 Commentaire

  1. Catherine Mauger-Trouiller

    Je viens de découvrir avec joie cette magnifique éloge pour mon dernier-né
    « Petit Prince, mon immortel ami ».
    Avec mes plus chaleureux remerciements !
    Catherine

    Réponse

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