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L’état d’enfance et l’état de la France

3/04/2022 | Livres | 0 commentaires

L’état d’enfance et l’état de la France
Nathalie Vernet
Les 3 colonnes (2021)

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

Nathalie Vernet : L’état d’enfance et l’état de la France L’essai de Nathalie Vernet, L’état d’enfance et l’état de la France,  examine minutieusement et rigoureusement la situation des enfants placés, proposant une réflexion sur l’éducation spécialisée, le rôle des éducateurs, tout en  observant la situation sociale et politique actuelle de la France, passant du particulier au général.

 Un univers connu de l’intérieur

La narratrice, Nathalie Vernet, a elle-même été placée dans le système de la D.D.A.S.S  dès l’âge de quatre mois et demi jusqu’à ses dix-huit ans. Elle connaît donc intimement, de l’intérieur, la situation des enfants placés, négligés, maltraités,  abîmés, partagés entre institutions et familles d’accueil. Elle peut témoigner, raconter, expliquer. Elle-même a subi « des actes de maltraitances, viols et abus sexuels tant par des éducateurs ou ‘encadrants’, que des membres de (s)a famille et ce jusqu’à (s)on adolescence ». Sauvée par «un éducateur hors norme (qui) a pris le temps de (lui) parler, de (lui) montrer qu’(elle) méritai(t) le respect »,  après  une solide formation  scolaire, universitaire  et professionnelle ( elle passe une V.A.E, puis un D.E.E.S, une licence en sciences de l’éducation, un Master et une thèse), elle devient à son tour éducatrice spécialisée.

 

Une dénonciation

Dans son « modeste ouvrage » comme elle le qualifie, après un rapide historique des « schémas familiaux dans l’Histoire de la France »elle témoigne de son vécu personnel et professionnel,  fait un état des lieux de la D.D.A.S.S et de la fonction d’éducateur, proposant en parallèle des solutions pour améliorer la prise en charge des enfants et des adolescents. Enfin dans la dernière partie de son fascicule, elle écrit avec beaucoup de courage une longue lettre argumentée et solidement documentée, chiffres à l’appui (« (…) voyons d’autres salaires, qui ne sont eux donner qu’en brut mensuel (….) : – Président de la République : 152004 euros. / – Premier Ministre : 15 204 euros.  / – Ministres : 10 136 euros (au nombre de 22) / – Députés : 7240 euros (au nombre de 348) / – Secrétaire d’État : 9629 euros (au nombre de 17) »)  au Président de la RépubliqueElle cite les propos du Président, de ses ministres et de ses députés, soulignant leurs mensonges que certains vont jusqu’à assumer haut et fort ((Mme Ndiaye, votre ancienne chargée de communication, qui a ainsi déclaré qu’elle assumait ‘parfaitement de mentir pour protéger le président’ »), leurs manipulations, leurs contradictions. Elle compare les lois françaises à celles d’autres pays comme la Suède,  par exemple, où règnent la transparence et la liberté de la presse, moyens efficaces pour lutter contre la corruption des hauts placés :  « Ces accès à l’information permettent aux journalistes de documenter les cas d’abus.  Les politiciens, les fonctionnaires en sont conscients, vivre dans une maison de verre a un effet bénéfique sur la prévention de la corruption », pour faire respecter les droits de l’Homme quelque soit la couleur, la religion, le statut social des citoyens.

Elle élargit ses critiques au domaine international montrant que la déforestation de l’Amazonie – la forêt amazonienne :  indispensable au bon fonctionnement écologique et à la survie de la planète – libère de l’espace pour l’agriculture intensive dans le but de nourrir l’Occident : « Ces agriculteurs brûlent donc, avec un impact écologique incommensurable, pour nourrir les Occidentaux, Européens, le tout bien entendu transporté en avion. Quitte à polluer autant le faire bien avec un peu de sauce à la Kérosène ». Comme les philosophes du XVIIIe siècle, par l’audace de son écrit, elle œuvre pour les valeurs d’humanité, de fraternité, d’égalité, pour la protection de la nature,  en un mot de la Vie.

Au fil des pages, le ton de la narratrice change. Elle passe rapidement du constat à l’exaspération  puis à la  polémique, emportée par la colère et la souffrance. Les blessures de son enfance enfouies au fond d’elle rejaillissent.  Le rythme enlevé de ses phrases,  ses mots de plus en plus durs trahissent sa souffrance et sa révolte devant le manque d’empathie à l’égard des jeunes placés en institution ou dans des familles, devant l’injustice, la paupérisation de la population française.  Elle dévoile le sort de tous ces  mineurs au parcours chaotique rencontrés dans le domaine professionnel. Elle retranscrit leurs témoignages poignants (« Les témoignages (…) sont la verbalisation de vécus. C’est avec l’assentiment de ces personnes et le respect d’un complet anonymat que je retranscris leur histoire ») qui confortent, souvent avec virulence, ses propos. Furieuse contre un Etat exploiteur, voleur (« vous dilapidez l’argent public, celui-ci n’est pas le vôtre mais appartient au Peuple de France, pour redorer votre pauvre ‘blason’ ou CV personnel, on ne sait plus avec vous ») et manipulateur, elle s’emporte, son vocabulaire devenant trivial : « Là aussi les ‘bons’ français (nous Tous, le Peuple que vous vous amusez à infantiliser) sont pris pour des cons »). Voulant se faire entendre de celui à qui elle s’adresse, elle use de toutes les formes de la rhétorique contestataire.

Une rhétorique contestataire

Dans son ouvrage, cri de colère, Nathalie Vernet  qui met sa plume au service des plus humbles, prend position en s’impliquant fortement, utilisant le pronom personnel de la première personne, interpellant avec véhémence , –  soucieuse d’être entendue et comprise – ,   son destinataire, le Président de la République, en utilisant des majuscules « VOUS », « VOS », des caractères gras, matérialisation de sa colère.  Elle use de l’ironie (« Scènes de violences policières mais bien sûr là on y est habitués car le gouvernement sait être ‘pédagogue, honnête et bienveillant’ envers les citoyens avec la distribution généreuse des amendes à  135 euros pour non-port du masque  (….) »),  de la dérision, (« Vous ainsi que vos confrères (Français, Internationaux), avez atteint un tel degré dans le syndrome d’Hubris que si jamais il vous reste, pseudo-nantis, autre chose d’Humain qu’une apparence de bipède (…) »),  attaquant la partie adverse, le Président, ses ministres « vous et vos sbires » et l’État français,  les interpellant sans ambage, choisissant, tellement sa révolte est extrême,  un lexique péjoratif pour les désigner. Maniant habilement l’art oratoire, elle fait appel à tous les types d’arguments :  logiques, analogiques,  d’expérience,  arguments d’autorité se fondant  sur les propos de l’Abbé Pierre, du sémiologue, professeur au Collège de France, Roland Barthes… Son texte est un combat contre l’arrogance des hauts placés et pour le respect de la justice.

Un pamphlet décapant

 Cette humaniste révoltée à juste titre,  solidaires des démunis, des plus fragiles, des humbles, des exploités,  des maltraités, conclut avec ironie mais sagesse : « Car face à la maladie ou la mort, grande nouvelle, nous finirons tous bouffés par les vers ». En effet, la mort est peut-être la seule réalité qui puisse faire prendre conscience à certains que nous sommes tous égaux. L’état d’enfance et l’état de la France est un pamphlet  décapant. Il est dommage que personne, avant la publication,  n’ait lu ce texte où les fautes d’orthographe,  grammaire, conjugaison se bousculent. Même dans le domaine de l’écrit, l’égalité est malmenée : tout le monde n’a pas les moyens de demander l’aide d’un correcteur.

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