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Kino, la tortue de La Fontaine

7/11/2020 | Livres jeunesse | 0 commentaires

Kino, la tortue de La Fontaine
Pierre Keriec
Illustrations de Gaëlle Le Biannic
Les Découvertes de la Luciole

(Par Annie Forest-Abou Mansour)

Un apologue destiné aux enfants

Kino, la tortue de La FontaineDans son apologue destiné aux enfants, Kino, la tortue de La Fontaine, rempli, de façon allusive, de vérités sur l’homme et la société, Pierre Keriec porte un regard tendre et plein d’humour sur le monde contemporain. Comme chez le poète du XVIIe siècle auquel il fait référence dès le titre de son recueil, il aiguise l’intelligence et la réflexion des jeunes lecteurs d’une manière agréable et ludique. Les dangers écologiques induits par l’humain sont orientés du côté de la bonne humeur et du sourire : une excellente façon de convaincre et de persuader avec légèreté, finesse et espièglerie, mais aussi rigueur.

Le point de vue d’une tortue

La narration du conte adopte le point de vue d’une tortue  nouvellement née : Kino, diminutif de Kinosternon Subrubrum, nom scientifique de l’espèce. Le petit reptile vient de naître de « l’autre côté de l’océan » dans « un grand pays, traversé par de grands fleuves parfois bordés de marécages, comme le Mississippi ». Comme toutes ses congénères, Kino a quitté sa « mère alors qu’(elle) était toute petite ». Mais un humain la trouve et l’emporte avec lui illégalement dans un ailleurs lointain pour le bonheur égoïste de son enfant ignorant des besoins vitaux de l’animal : « Il s’amusa aussi à me présenter des brins d’herbe sous le nez, pour me nourrir, je pense, mais je savais, d’instinct, qu’il me fallait plutôt un escargot d’eau ou une larve de libellule, peut-être ». Kino découvre ce nouveau monde chargé d’embûches et de surprises et y fait son apprentissage telle une picaro animale sur les routes de la vie. Dans ce conte, ouvrage picaresque, ouvrage d’apprentissage, Kino se confie au lecteur : « C’est une aventure que je me dois de vous conter ».

L’écosystème en danger

Grâce à sa faculté d’adaptation, à son sens aigu de l’observation, de l’écoute, de son esprit d’analyse, elle comprend pourquoi certains, comme Motacilla, la bergeronnette, l’acceptent et d’autres, comme Bufo, le crapaud, la rejettent : « Depuis que des humains sans réflexion ont apporté dans notre pays Rana Castesbeiana et ses sœurs, les grenouilles taureaux ont envahi nos mares et nous chassent de notre territoire. Bientôt nous disparaîtrons peut-être, et cela n’est pas tolérable ». La perception des faits diverge.

Importée d’un autre univers, elle représente un danger pour l’écosystème. Elle risque en effet d’anéantir les espèces locales. Bien qu’elle ne soit pas un réel fléau, elle peut priver les autochtones de nourriture : « « le jour où la nourriture se fera rare, tu auras beaucoup d’ennemis parmi nous, parce que ton menu est le même que le nôtre ». Or manger à sa faim est un droit fondamental. La présence illégale de Kino fragilise donc le précaire équilibre naturel.

Kino remarque bien vite que la nature est en danger. La sécheresse, accentuée par la consommation excessive d’eau destinée à l’arrosage des jardins, (« La fontaine est grande, mais dans peu de temps, il n’y aura plus d’eau ») entraîne la mort de la faune et de la flore : « Amène le près de la fontaine, montre-lui les poissons qui meurent, les libellules qui se dessèchent sans pondre, les bergeronnettes dont les petits sont affamés. Montre-lui que si la chaîne perd un maillon, il n’y a plus de chaîne ». Une prise de conscience du danger, l’union de tous s’imposent alors pour protéger la Vie. Kino, qui a forgé sa personnalité au fil de ses expériences, s’impose tout en douceur et s’organise avec ses amis les animaux. L’apologue s’achève sur une leçon : « L’avenir de la Terre se trouve dans le partage et la protection mutuelle de toutes les espèces ». C’est aux enfants, les citoyens de demain, « de changer le cours des choses » et de créer un monde solidaire.

Un conte philosophique et écologique

Le conte Kino, la tortue de La Fontaine, mettant en scène des animaux est illustré par Gaëlle Le Biannic de jolis dessins épurés et fins ombrés à l’encre et au crayon à papier, en hachures parallèles, donnant à voir la tortue, des oiseaux, un crapaud, un hérisson, un lapin… dans la nature. Ces illustrations se conjuguent au récit doté d’un rythme vivant et dynamique, de mots bien choisis qui campent une silhouette, suggèrent un mouvement :  la répétition du verbe « hocher » (« Nous nous sommes regardés, en hochant la tête à notre tour », elle « s’est éloignée, en hochant la tête comme pour assurer que tout irait bien ») résume le geste naturel de la tortue et permet d’entrevoir la petite tête dodelinante.  Pierre Kériec manie l’art de la suggestion avec habileté. La sobriété de ses descriptions permet de mettre en branle l’imagination du lecteur et favorise sa réflexion. Comme La Fontaine, Pierre Kériec en donnant à voir des animaux peint les Hommes. Une réalité collective et humaine se dégage en filigrane de l’aventure de kino, la tortue : l’Autre venu d’ailleurs est parfois ressenti arbitrairement comme une menace. Cependant il faut garder confiance et rester unis pour accueillir celui qui frappe à notre porte. Kino, la tortue de La Fontaine de Pierre Kériec est un charmant petit conte philosophique, humaniste et écologique dont la lecture est à conseiller aux enfants, aux scolaires et à ceux qui leur inculquent la connaissance : les parents et les éducateurs.

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